Le Jeudi 13 Novembre 2008 à 10h15
Benoît Hamon, le député européen qui monte dans le paysage socialiste français
Député européen, Benoît Hamon est mal connu de l’opinion publique française. Un constat qui ne se vérifie pas dans les rangs des militants socialistes. Attaché à ses idées, l’originaire du Finistère a pris le pari risqué de présenter sa propre motion, "Un monde d’avance", à l’occasion du vote des militants. Pari réussi : au-delà du rang (quatrième), c’est le pourcentage de suffrages obtenu (19%) qui légitime l’action de celui qui pourrait s’allier avec Martine Aubry.
Dès 1987, à l’âge de vingt ans, Benoît Hamon décide de prendre sa carte du Parti socialiste (PS) suite aux manifestations de grande ampleur des lycéens et étudiants contre la loi Devaquet visant à réformer les universités françaises. En réalité, sa carrière politique commence réellement quelques années plus tard, en 1993. Il est élu premier président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) qui acquiert son indépendance vis-à-vis du PS. Surtout, il fonde avec Jean-Patrick Gille le courant "Nouvelle gauche" qui sera dissous dans le Nouveau Parti socialiste (NPS) début 2003. Rocardien convaincu, il finit par entrer en 1997 au cabinet de Martine Aubry, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité au sein du gouvernement Jospin. En tant que conseiller chargé de l’emploi des jeunes puis comme conseiller en charge des affaires politiques. Par la suite, il met sa carrière politique quelque peu entre parenthèses, devenant employé de l’institut de sondages IPSOS entre 2001 et 2004. Mais paradoxalement, ces années correspondent à sa montée en puissance au sein du Parti socialiste (PS). Animant les fédérations socialistes, l’homme multiplie les contacts et alimente son réseau de connaissances au sein de l’appareil socialiste mais aussi et surtout auprès des militants. A l’occasion des élections européennes de 2004, il est élu député européen sur la liste "Et maintenant, l’Europe sociale".
S'il apparaît comme l’un des hommes qui montent au sein du PS, il privilégie avant tout sa ligne et ses idées politiques. Une démarche qui le conduit à démissionner de son poste de secrétaire national du PS en novembre 2007. Fervent partisan du non au référendum sur le traité constitutionnel de mai 2005, il ne supporte pas le choix du Bureau national du PS en 2007, qui se prononce en faveur du traité modificatif européen. Une décision à l’image de ses valeurs. Favorable à une autre Europe, il déplore le fait que la construction européenne soit basée sur l’intégration économique, et ce au détriment du volet social.
En 2008, l’absence d’un projet politique concret à la gauche du Parti socialiste le convainc de rentrer dans le jeu. Il annonce ainsi en septembre dernier sa candidature au poste de secrétaire national du PS, en lieu et place de François Hollande. A travers sa motion "Un monde d’avance", il met plus que jamais en lumière la nécessité d’une forte régulation publique. Le nom de son texte, il le justifie judicieusement de la manière suivante: "On nous présentait comme de dangereux archaïques qui avaient un monde de retard. En réalité, nous avons un monde d'avance car l'actuelle situation de crise financière internationale démontre l'échec des solutions libérales". Dans son document, il prône également la construction d’un "nouveau pacte européen", de même qu’une réelle redistribution des richesses et la promotion d’une "politique étrangère de gauche".
Pâtissant d’un déficit de notoriété par rapport à ses trois principaux adversaires, Ségolène Royal, Martine Aubry et Bertrand Delanoë, Benoît Hamon surprend tout le monde en recueillant 19% des suffrages des militants socialistes. Un score inférieur à ses trois homologues, certes. Mais qui lui permet de peser dans les négociations actuelles en vue d’éventuelles alliances entre candidats. Au point même de continuer à croire en ses chances de briguer le poste de Premier secrétaire avant le début du Congrès de Reims, ce vendredi. Le député européen a ainsi rappelé qu’il était "toujours candidat" et a jugé avoir "de bonnes chances de l'être la semaine prochaine". Parallèlement, il a annoncé être "près d’un accord" avec Martine Aubry. En revanche, il maintient ses désaccords avec Ségolène Royal. Précisément, il rejette l’idée d’un éventuel rapprochement avec le centre et le Modem de François Bayrou. Une façon de s’opposer à la social-démocratie qui conduirait à gouverner "avec des libéraux" à ses yeux. Si la stratégie renvoie aux valeurs idéologiques de Benoît Hamon, sera-t-elle payante politiquement? Quoi qu'il en soit, l’homme incarne, à 40 ans, l’un des leaders de la nouvelle génération du Parti socialiste.
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Gaëtan Briard