Le Mercredi 16 Janvier 2008 à 04h55
CD: Claire Diterzi, Tableaux de chasse
{photo2} Dans un album baroque, Claire Diterzi revisite sans égards et en musique son musée imaginaire. "Tableau de chasse" sort aujourd’hui. Et la prédatrice à cornes et clochettes sera sur la scène de Chaillot les 22, 23 et 24 février prochains.
Avant de se lancer dans la chanson et de se faire connaître avec son premier album « Boucles », Claire Diterzi a fait des études de graphisme. Elle revient à ses premières amours avec son nouvel album. « Tableau de chasse » est un projet complet, écrit en vue du spectacle de février au Théâtre de Chaillot. Musique et Beaux Arts. Synesthésie. Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir.
Sûre d’elle, culottée, et extrêmement douée, l’artiste nous fait visiter dans une ambiance électro une galerie de portraits de femmes appartenant au canon occidental, parmi lesquels Fragonard, Toulouse-Lautrec, Allen Jones, Rodin, Doris Salcedo, Van Eyck, Lucian Freud et Turner. A vous de trouver qui est quoi. Et surtout quel portrait ces peintures balayées dessinent de l’insaisissable chanteuse.
L’album est aussi un joli plaidoyer de solidarité pour ces femmes esclaves de sourires que des hommes ont figé pour elles dans la pierre ou sur la toile.

Les trois premiers morceaux de l’album sont d’inspiration orientale. Claire Diterzi se glisse dans la peau d’une « Odalisque» lascive dans le premier titre et donne enfin la parole aux belles femmes nues qui ont fait rêver les européens de Delacroix à Matisse. Entre cor de chasse, chasse à corps, et rythmes andalous « Tableau de chasse » est une invitation à jouer au chat et à la souris. D’inspiration pop arabe contemporaine « Retiens-moi » est une scène de lit plutôt active.
La suite est plus pop. Glaçante, Claire Diterzi plane, fait voyager au Nord de l’Europe, et en direct, elle s’« immole à la Zubroska ». On la suivrait bien dans ces terres enneigées, une nuit, pour voir…
Drôle et entraînant, à quatre pattes permet à « La Bimbo » de raconter son calvaire au service de son chéri. Plus grave l’ « Epave » est cette beauté fatale que recherchent les héros et qui fait leur perte, même quant ils l’abandonnent (voir Médée). Japonisant et venu d’un spectacle qu’elle a préparé, « Iku » est l’histoire de la femme-page blanche qui supplie « prête moi un désir ».
Perle de nostalgie, avec « La vieille chanteuse » Diterzi est à la musique ce que Jeunet est au cinéma : une perfectionniste. Ca grésille divinement, et sa voix de chanteuse réaliste est bien en place. On s’attend à voir sortir Valentin le désossé ou La Goulue du disque.
Toujours rétro et jouant sur les cloches de l’église (comme feu Joris Karl-Huysmans, ce qui a quand même plus de classe qu’Emilie Simon), la jeune femme prend sa voix de catéchumène et donne à sa musique un grain de poussière et une odeur de renfermé tenaces dans « Mes bonnes sœurs »
Et l’album se clôt sur une récitation de rupture entrecoupée de déchirants passages de flamenco : « Je garde le chien ». C’est vrai que c’est important pour repartir en chasse...
Claire Diterzi, "Tableaux de Chasse", Naïve, 17 euros
« Sur l’écueil échoué / J’entends ton cœur de pierre / Je suis l’épave au tombeau de cheveux / Ton âme blanche. / Si tu m’abandonnes ô mon amour /De marbre je resterai / Si tu m’abandonnes / A mon sort d’albâtre je me tairai. Mais si tu me couronnes à tes côtés, je me prosternerai ».
Claire Diterzi sera donc sur la scène du Théâtre de Chaillot les 22, 23 et 24 février prochains, à 20h30 (15H le dimanche), 1 place du Trocadéro, Paris 16e, M¨Trocadéro, 27,5 euros (TR 21 euros).
Petit extrait de la chanteuse en action :
Yaël Hirsch