Le Jeudi 04 Septembre 2008 à 08h10
Chypre: reprise des négociations pour la réunification de l'île
Séparée en deux entités depuis 1974, Chypre pourrait être réunifiée au terme des pourparlers entamés entre les dirigeants des deux parties ce mercredi. Alors que l'opposition entre le Nord et le Sud était farouche depuis de nombreuses années, l'arrivée à la présidence de la République de Demetris Christofias a clairement changé la donne. Le secrétaire général de l'ONU Ban-Ki Moon a salué la reprise des négociations sur l'île.
De son côté, l'envoyé spécial de l'ONU Alexander Downer a affirmé que "le problème" n'était "pas insurmontable". Ce dernier a sans doute été conforté dans ses idées suite à la rencontre, ce mercredi, entre le président de la République de Chypre, reconnue par la communauté internationale, et le dirigeant de la partie turque au Nord, autoproclamée "République turque de Chypre du Nord". Demetris Christofias, élu à la tête du pays en février dernier, et Mehmet Ali Talat entretiennent en effet des relations amicales qui favorisent la coopération entre les deux régions. "Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une journée historique pour Chypre", a ainsi poursuivi l'émissaire de l'ONU. Cette réunion au coeur de la zone tampon créée par l'ONU en plein coeur de Nicosie contraste avec les trois décennies de blocage qui se sont écoulées depuis 1974 et le coup d'Etat avorté opéré par les forces militaires turques sur l'île. En effet, une réelle volonté de régler ce conflit semble habiter les décideurs politiques. Les deux dirigeants communistes plaident ainsi pour une issue rapide à la crise. D.Christofias a jugé qu'il était "temps de mettre fin à l'interminable problème de Chypre et de donner au peuple chypriote l'avenir qu'il mérite" tandis que M.Talat espère parvenir à "un accord global dès que possible".
Mais si tous les voyants semblent au vert pour aboutir à la réunification de l'île, les négociations pourraient s'éterniser en raison de nombreux dossiers sensibles. En premier lieu, le retrait des 40000 militaires turcs présents dans le nord du pays est une condition non négociable posée par la partie grecque de l'île. Plus épineux encore est le cas des 250000 chypirotes spoliés de leurs terres lors de la partition de l'île. Ainsi, le réglement du conflit passe sans doute par des concessions de la part d'Ankara. Les négociations seront également âpres quant au statut du futur Etat et des communautés qui en découleront.
Dans le pays, la population semble suivre le pas des décideurs politiques. De nombreux projets communs aux habitants des deux parties émergent sur le territoire. Des commerces fleurissent aux abords de la frontière entre les deux entités, dont le franchissement n'est plus qu'une simple formalité. Les populations semblent ainsi favorables à la réunification de l'île.
Les négociations se poursuivront dans les semaines qui viennent en vue d'un règlement rapide. Le 11 septembre sera l'une des dates-clés de cette négociation avec l'indemnisation des paysans spoliés. Selon de nombreux experts, le climat politique n'a jamais été aussi propice à un dénouement favorable. Selon ces derniers, un échec des négociations pourrait enterrer à jamais les espoirs de réunification.
Gaëtan Briard