Le Jeudi 04 Septembre 2008 à 06h07
Inju, la bête dans l'ombre, de Barbet Schroeder.
L’affiche était alléchante : Barbet Schroeder, le Japon, la photo d’une scène bondage, bref, de quoi se régaler et exciter l’amateur d’exotisme pervers. Malheureusement le film ne tient pas ses promesses, et se révèle aussi plat que son sujet s’annonçait tordu.
Le romancier Alexandre Fayard (Benoît Magimel) se rend au Japon pour promouvoir son livre et tenter de rencontrer le mystérieux auteur de polar japonais dont il est le spécialiste, Schundei Oe. Il rencontre Tamao, une Geisha fascinante qui l’entraîne dans un univers troublant, où se mélangent sexe, violence et fiel amoureux.
A partir de ce matériau de choix, Barbet Schroeder, pourtant expert ès-bizarre (voir par exemple Maîtresse, 1985, ou JF partagerait appartement, 1992), aboutit à un film qui ne tient pas la route. Un scénario cousu de fil blanc sur lequel s’enfilent les clichés comme autant de perles, des dialogues ineptes indignes même des séries AB Productions, un Benoît Magimel falot, sont autant d’ingrédients d’une mayonnaise indigeste qui ne prend désespérément pas.
A force de mises en abyme, Inju finit par tomber dans le vide, et le style académique de Schroeder ne révèle que davantage les faiblesses de son film. Il reste donc la déco de ce Japon fantasmé, avec de jolies baraques et des femmes gardant tout leur mystère. Inju serait-il un film sur l’impuissance, d’un homme ayant compris que le désir, la frustration et l’illusion sont « ce que nous avons eu de meilleur ? »
La morale d’Inju fait par ailleurs penser au chef d’œuvre de Fritz Lang, La femme au portrait (1944) : les aventures finissent mal, en général, et la curiosité est un défaut qui se paie cher. Dommage que ce film soit si peu crédible et si mou. Espérons un remake plus trash et en attendant, revoyons quelques incursions du cinéma occidental au Japon : Black Rain, de Ridley Scott (1989), Soleil Levant de Philip Kaufman (1992), The Pillow Book, de Peter Greenaway (1996), Stupeur et tremblements d’Alain Corneau (2003) et relisons le livre d’Agnès Giard, L’imaginaire érotique au Japon (Albin Michel, 2006).
Inju, la bête dans l'ombre, de Barbet Schroeder. Avec Benoît Magimel, Lika Minamoto. 1h45. 2008.
Laurent Deburge