Le Mercredi 07 Novembre 2007 à 03h20
L'Iran et le nucléaire... explications
Le chef d'Etat iranien Mahmoud Ahmadinejad affirme disposer de plus de 3 000 centrifugeuses en service. Un équipement qui théoriquement, pourrait servir à enrichir l'uranium et ainsi produire le nucléaire.
Le président iranien vient donc de l'affirmer, l'Iran est proche de produire sa première bombe atomique. Ce n'est en aucun cas une nouveauté... L'Iran pourra d'ici un à trois ans, selon les spécialistes, construire une ogive nucléaire. Ne restera donc qu'à la placer sur un bombardier par exemple, chose relativement aisée pour un Etat tel l'Iran.
Mais voilà, la question pour nous, occidentaux, est de savoir si oui ou non nous voulons un Iran doté de l'arme.nucléaire. Les Etats-Unis semblent opposés, le gouvernement français également, l'Allemagne est moins réticente... Quels sont les arguments des uns et autres? Quels enjeux?
Commençons par les Etats-Unis. L'administration Bush agite clairement les bras dès lors qu'Ahmadinejad parle de nucléaire militaire. Or, ce n'est évidemment, comme souvent dans les relations internationales, qu'une facette du problème. Les USA, en montrant le bâton, soit, les sanctions, oublie de préciser le pourquoi du comment. Car derrière cette agitation se cache une autre théocratie (beaucoup plus théocrate d'ailleurs), l'Arabie Saoudite et son gouvernement wahhabite. Cette pétro-monarchie de la péninsule arabique est opposée à Téhéran pour de simples questions de religions: sunnites, les Saoudiens sont en quelque sorte les concurrents spirituels des chiites (Iraniens et Irakiens). Il n'existe qu'une seule puissance régionale, au Proche-Orient, possédant la bombe: Israël. L'Arabie Saoudite, alliée des USA (comme Israël) préfère donc combattre un Etat sunnite que juif, d'autant plus que le pétrole, d'ici 30 années environ, ne sera plus. Le plus vaste Etat du Golfe entend bien rester la première destination des musulmans en pélerinage. Des sanctions, de plus en plus fortes, seront profitables à Abdallah, roi d'Arabie Saoudite.
Côté américain, le jeu de l'Arabie semble, comme le jeu turc d'ailleurs, de moins en moins attrayant. Si les réserves de pétrole sont encore importantes, l'Iran, autre puissance pétrolière, devient et sera la première puissance économico-politique du Proche-Orient. C'est pourquoi à Washington, trop censurer et sanctionner l'Iran serait préjudiciable. Dans deux ans d'ailleurs, Mahmoud Ahmadinejad sera éjecté du pouvoir. Je rappelle que ce n'est en aucun cas Ahmadinejad qui gouverne, c'est bien le guide suprême Ali Khamenei. De plus en plus isolé, le président n'apparaît, à l'interne, que telle une marionnette.
Qu'en dit le Quai d'Orsay et N. Sarkozy? Ce dernier, qui contrôle le Quai, apparaît comme suiviste de Bush sur cette question. B. Kouchner, en évoquant le mot "guerre", dit tout haut ce que les déclarations étasuniennes taisent encore. il est certain que les flottes et matériels US sont postés à proximité de la frontière iranienne. Mais la question, est de savoir de qui les Etats Unis veulent le soutien: Arabie Saoudite ou Iran? En France, la question n'intéresse que peu. L'Inde, le Pakistan, Israël, voire la RPC (Chine continentale) possède l'arme suprême, pourquoi pas l'Iran, qui, il faut le rappeler, à signer le Traité de non prolifération nucléaire, au contraire des précédemments cités (hormis la RPC). La France attend donc en quelque sorte les directives de Washington.
En Allemagne, la position est délicate. L'Allemagne échange bien avec l'Iran, et, de toute manière, envoyer des forces militaires semble illusoire. S'opposer tranquillement est donc la décision d'Angela Merckel, frileuse à s'entretenir sur le sujet.
Enfin, un Etat géographiquement proche est la Russie. La Russie, comme l'Allemagne, exporte beaucoup vers l'Iran, mais quasiment que des armes. Dernièrement, un système anti-aérien (S400) a été vendu. Un système considéré comme le plus performant... Intéressant, surtout si l'Iran place ce système à proximité de Natanz, Darkhovin ou Arak par exemple, les centres de recherche et installations nucléaires. La Chine suit la Russie qui elle n'exclue pas une augmentation des sanctions envers l'Iran. Une autre puissance nucléaire dans cette région ne serait pas envisagée par le Kremlin.
Pour conclure, un Etat comme l'Iran a t'il la permission d'obtenir l'arme nucléaire à des fins militaires? A chacun de se faire une opinion. Toujours est-il que le système politique iranien ressemble toujours plus à l'Etat-Nation français qu'à la théocratie saoudienne ou soudanaise voire gabonaise. Si l'on observe Ahmadinejad, le non l'emporte facilement, mais il ne sera pas indéfiniment au pouvoir, et la civilisation iranienne (Perse) est, il faut l'espérer, mûre pour gérer cette puissance militaire. D'autant que mis à part une intervention d'envergure internationale et considérable, rien ne pourra empêcher à court terme l'Iran de se doter de cette capacité nucléaire.
X.Aurégan