Le Mardi 03 Juin 2008 à 05h21
Le dernier riff de Bo Diddley
Bo Diddley s'est éteint le 2 juin à l'âge de 79 ans, victime d'une crise cardiaque. Méconnu de son vivant, l'homme aux guitares carrées était le contrepoint obscur et anguleux des autres prosélytes du rock 'n' roll originel, Little Richard ou Chuck Berry.
Au début des années 50, Bo Diddley a fait partie de ces révolutionnaires qui ont opéré la jonction entre le blues du Mississipi et le rock 'n' roll WASP. Avec « I'm a Man » ou « Roadrunner », il a signé des tubes inscrits au panthéon de la pop culture. Preuve de son influence cruciale sur la scène rock des 40 dernières années, les hommages ont afflué, sautant le fossé générationnel. Les Rolling Stones, qui lui doivent la rythmique de leur premier succès, « Not Fade Away », ont exprimé leur émotion par la voix de Mick Jagger. Le chanteur lippu a loué « l'extrême générosité dont il a fait preuve à [leur] égard ». Un compliment qui prend tout son sens quand on sait que « Bo » n'a connu la reconnaissance que dans les années 60, quand l'autre côté de la Manche s'est (enfin) intéressé à son jeu primaire et imparable. Aux côtés des Stones, c'est tout le Swinging London, des Yardbirds aux Animals, qui revendique le legs de Diddley.
De son côté, la jeune génération a également apporté sa ligne à l'épitaphe. Alex Kapranos, leader de Franz Ferdinand, a avoué « avoir mis Roadrunner » sur la platine dès l'annonce de sa mort. "Quel riff, quel guitariste, c'est à lui qu'on doit ce son si sexy ». Albert Hammond Jr, guitariste des Strokes, a abondé en ce sens, relevant « le nombre d'artistes qui lui ont emprunté des gimmicks ». « Bo Diddley, puisses-tu reposer en paix et vivre à travers les futurs musiciens », a-t-il conclu. Le rock fifties était peut-être la musique du diable, on a quand même envie de dire « Amen ».
Olivier Tesquet