Le Mercredi 01 Octobre 2008 à 06h48
Quand de jeunes parlementaires européens conseillent leurs aînés
L’Union européenne un « objet non identifié » lointain, perché au sommet d’un immeuble bruxellois et géré par quelques vieux eurocrates ? Et si, mis à part Erasmus et eurolines, c’était aussi un « truc » de jeunes pour les jeunes ? Le Parlement Européen des Jeunes en est convaincu, les eurodéputés qui cherchent conseil auprès d’eux aussi.
Le Parlement européen des Jeunes est né en 1987, d’une initiative de parents d’élèves dynamiques, européens et europhiles, dont la progéniture était inscrite dans des lycées internationaux de la région parisienne. Et si, sur le modèle de l’Onu des Jeunes, nous éduquions nos enfants à l’idée européenne ? se sont-ils demandés avant même que Maastricht ne soit ratifié, que l’UE ne s’appelle l’UE, alors que l’Acte Unique était tout juste signé. Idée révolutionnaire presque qui partit de Fontainebleau essaima dans les Etats Membres, voire plus.
Aujourd’hui 32 pays ont un comité relié à l'organisation « Parlement Européen des Jeunes » (PEJ) ; parmi eux la Norvège, la Suisse, la Russie, la Turquie, la Biélorussie, la Géorgie, l’Albanie, l’Ukraine, etc. Point de représentation en revanche dans les trop peu peuplés Luxembourg et Islande, rien non plus en Autriche. Plus que l’Europe des 27, la terre de mission du PEJ est donc celle du Conseil de l’Europe, la grande Europe, celle des 47… Consulté sur cette implantation hors UE, le Parlement européen, celui des grands, avec lequel le PEJ est associé simplement par le nom, n’a pas vu d’inconvénient à cette extention. Bien au contraire : comme le Conseil de l’Europe a vocation à être l’antichambre à l’Union pour les Etats membres, sorte de centre d’entraînement à la démocratie et aux droits de l’homme, le PEJ devait permettre à des générations de jeunes de sensibiliser à l’idée européenne et au débat démocratique.
Et c’est chose faite trois fois par an durant les « sessions internationales » : des délégations de lycéens du PEJ des 32 pays se retrouvent pour, une semaine durant, discuter en commission d’Agriculture et de développement rural, d’Affaires étrangères, d’Environnement, de santé publique et de questions alimentaires ou de Libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures… Ces noms vous disent quelque chose ? On les retrouve sur le site du Parlement Européen de Strasbourg. Les sujets étudiés par les deux assemblées sont les mêmes donc, l’organisation des séances plénières aussi : « Ce sont nos procédures, mais vous au moins vous les appliquez » faisait remarquer un eurodéputé à un membre du PEJ. Une différence toutefois : les résolutions. Celles des jeunes sont bien sûr moins techniques.... Mais pas moins pertinentes : certaines des lerus clauses sont "des remarques de bons sens qu'on ne fait même plus au niveau européen mais qui ne sont pour autant pas respectées". Le Président du PEJ France, Guillaume Borie, rapporte ainsi les propos des eurodéputés [Le PEJ France est une association loi de 1901] . Ces derniers sont donc avides des propositions du PEJ, certaines des propositions se sont même concrétisées : l'idée d'un livre d'histoire franco-allemand, aujourd'hui imprimé, est sorti de ces sessions. D'autres discussions du PEJ sont restées à l'Etat de souhaits : c'est le cas du service civique européen ou de la démocratisation du programme Erasmus.
Mais qui sont ces jeunes qui débattent entre nationalités différentes de questions aussi sérieuses, le tout en anglais ? Le PEJ français assure, la "diversité" est à l'honneur dans les sessions nationales, les lycées parisiens ne sont pas sur-représentés, bien au contraire, on trouve des lycéens du public comme du privé, il y a même des sections techniques, et les étudiants sont associés à l'aventure... Reste qu'il faut pouvoir s'exprimer en anglais... En coulisse, Laurent Grégoire, Président d'honneur et trésorier du PEJ France, nous indique que les délégations des autres Etats membres ne sont pas toutes aussi diverses que les françaises. En Espagnen par exemple, l'organisation a un certain temps été niché au sein d'un Ministère, les gouvernements désirant se servir de ces jeunes qui "présentaient bien" comme des représentants de la toute jeune démocratie espagnole devant l'UE.
Malgré les divergences d'organisation au niveau national, le PEJ se veut une organisation indépendante, qui ne prend position ni pour une Europe fédérale, ni pour une Europe intergouvernementale, ni pour une Europe libérale ou socialiste. Son objectif est d'abord pédagogique, elle vise avant tout à sensibiliser les jeunes aux questions européennes. Actuellement, l'organisation, en passe d'obtenir le statut d'ONG consultative auprès du Conseil de l'Europe, milite pour l'inscription sur les listes électorales pour les élections de juin 2009.

N. B : Le PEJ organise sa prochaine session internationale du 24 octobre au 2 novembre à Rennes. Pour en savoir plus, cliquez ici.
Marie Barral