Le Mardi 18 Novembre 2008 à 10h53
Renouveau des tensions entre la Russie et la Géorgie ?
Le sommet UE-Russie du 14 novembre à Nice a permis de rassurer les Russes sur le bouclier antimissile américain, censé se déployer à sa porte, en République Tchèque et en Pologne. Nicolas Sarkozy est même allé jusqu'à proposer une conférence sur la sécurité européenne en 2009. Cette volonté d'apaisement risque d'être remise en cause par la Géorgie qui dénonce la « violation de son ciel » par la Russie.
La Géorgie affirme que deux de ses policiers ont été tués lundi suite à l'explosion d'un drone russe, avion de reconnaissance sans pilote, sur son territoire, dans le village de Plavi, à la frontière avec la région séparatiste d'Ossétie du Sud. Alors que cette information a été immédiatement démentie par la Défense russe, le ministère de l'Intérieur géorgien a utilisé des mots forts : « L'espace aérien de la Géorgie a été violé ». La Russie a répliqué qu'il s'agissait « d'une nouvelle provocation médiatique des dirigeants géorgiens ». La Géorgie continue d'alimenter cette information en précisant qu'à l'écrasement du drone sur le territoire, une équipe de policiers a été envoyée, parmi lesquels deux sont morts, tandis que huit autres sont blessés ainsi qu'un enfant de 10 ans. Cet accident, s'il est avéré, intervient plusieurs semaines après l'accalmie dans la région qui fait suite à l'affrontement des deux pays cet été en Ossétie du Sud, territoire séparatiste géorgien soutenu par Moscou.
Le sommet UE-Russie qui s'est déroulé le 14 novembre à Nice devait sceller les accords passés à la rentrée en exhortant le président russe à retirer ses troupes. Il ne sera pas parvenu à un tel résultat, même si la Russie s'est montrée moins belliqueuse. Au menu, le bouclier antimissile américain et une conférence sur la sécurité européenne d'ici l'été 2009. Le bouclier antimissile américain voit son parcours semé d'embûches. La Russie considère que ce bouclier, placé à sa porte et officiellement dirigé contre une éventuelle attaque iranienne, nuit à sa sécurité. D'un autre côté, l'Union Européenne ne voit pas forcément d'un très bon oeil l'implantation de dix missiles intercepteurs de missiles et d'une station radar sur son territoire, à savoir, en République Tchèque et en Pologne, malgré l'accord officiel des deux pays, qui considèrent leur voisin russe agressif. L'Union Européenne, via son dirigeant actuel, Nicolas Sarkozy, s'est posée en médiateur dans ce dossier délicat, ce qui a eu le mérite de repousser l'idée russe de déployer des missiles Iskander dans l'enclave de Kaliningrad. Par ailleurs, ce sommet a vu se dessiner l'eventualité d'une conférence en juin ou en juillet 2009 sur la sécurité européenne sous l'égide de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe). Elle permettrait de jeter les bases d'un futur accord sur la sécurité européenne. Et d'ici là, « qu'on ne parle pas de déploiements de boucliers ou de missiles », a insisté Nicolas Sarkozy, visant à la fois Washington et Moscou. Selon Jean Quatremer dans Libération, « Le but ultime de Moscou est d’éloigner les Américains du vieux continent au profit d’un partenariat russo-européen dont on devine qui serait la partie dominante ».

Annabel Benhaiem