Le Vendredi 03 Octobre 2008 à 06h32
USA : le débat des Vice-présidents
Le seul et unique débat des Vice-présidents a eu lieu, hier soir de 9h00 à 10h30 à l’université Washington de St Louis. C’est la journaliste de PBS, Gwen Ifill qui a lancé les questions. Chaque candidat avait 2 minutes pour répondre. Etant donné qu’il n’y avait pas d’ordre du jour comme dans les débats des candidats à la présidence, la discussion a été large. Les deux principaux sujets ont été la guerre en Irak et la situation économique.
Pour Joe Biden, colistier du candidat démocrate Barack Obama, l’élection du 4 novembre est "l’élection la plus importante depuis 1932" à laquelle les Américains sont amenés à participer. Très ordonné dans ses réflexions et clair dans sa diction, il s’est attelé à montrer que la politique républicaine des 8 dernières années est un « échec abject ». Echec auquel John McCain a participé, puisque selon Joe Biden, le « Maverick » a suivi la politique de Bush sur toutes les questions importantes.
La colistière de John MacCain, Sarah Palin a insisté sur le volonté de changement de John McCain. Répondant plus frontalement aux questions de la journaliste qu’à son habitude, elle en a cependant détourné quelques unes. Par exemple, sur les droits civils pour les couples de même sexe, elle n’a pas répondu en termes de « droits » mais de tradition et de mariage. De même, la gouverneure de l’Alaska a souvent fait référence à sa politique énergétique « là haut », tâchant de montrer qu’elle a des compétences dignes d’un futur vice-président.
Le problème de l’autonomie énergétique du pays a été soulevé à plusieurs reprises, Joe Biden répétant plusieurs fois que John McCain a voté 20 fois contre des projets d’énergies alternatives, et soutenant que creuser des puits de pétrole alors que les Etats-Unis ont 3 % des réserves énergétiques du monde et consomment 20 % de ces réserves mettrait dix ans avant de produire de l’énergie.
La guerre en Irak a été au cœur des désaccords des deux participants, Joe Biden critiquant l’aveuglement de John McCain (qu’il appelle John, car ils sont amis) sur le temps et les coûts d’une guerre longue et qui empêche de mobiliser des forces là où Al-Qaida se ressource : entre l’Afghanistan et le Pakistan. Pour Sarah Palin, c’est une victoire importante pour les Etats-Unis.
Les deux candidats sont tombés d’accord pour mettre le conflit israélo-palestinien en tête de leur agenda international, et Joe Biden a longuement critiqué la politique de Bush au Moyen-Orient. Ils ont aussi marqué la même position sur les dangers nucléaires que représentent l’Iran et la Corée du Nord, Joe Biden critiquant les propos de McCain lors du dernier débat présidentiel, où ce dernier avait annoncé qu’il ne se mettrait pas à table pour discuter avec un homme comme Ahmenijad sans conditions préalables.
A la question de savoir où, quand et comment intervenir, sachant les difficultés économiques des Etats-Unis, Joe Biden a été clair : il faut savoir si on en a les moyens, ne pas agir seul mais avec ses alliés, et foncer en cas de génocide comme au Darfour.
Sur les questions de politique intérieure, Palin a marqué de nombreux points en se mettant en scène comme mère de famille qui discute les problèmes de créance et de sécurité sociale et Joe Biden n’a pas eu l’occasion de revenir sur ce qui fait le cœur du programme de Obama : des actions en faveur de l’éducation et de systèmes d’assurance santé. Mais lui aussi s’est présenté comme un homme qui élève seul ses enfants autour de la table de la cuisine après la mort de sa femme et de sa fille dans un accident.
La question de savoir comment les candidats à la Vice-présidence envisageaient leur future fonction était très intéressante. Palin a expliqué quel rôle elle jouerait auprès de John McCain, selon ses compétences (energie, famille). Et Joe Biden a donné une interprétation très juridique de la fonction, expliquant qu’il était très heureux que Barack Obama lui ait demandé de le conseiller pour chacune des décisions importantes qu’il prendrait. Mais, très attentif à la répartition des tâches, Joe Biden a annoncé que son avis ne serait que consultatif car le président serait Obama. Il a aussi largement insisté sur l’importance de la séparation des pouvoirs, le vice-président n’exerçant qu’une fonction de vote au Parlement. Joe Biden a longuement critiqué l’interventionnisme de Dick Cheney, qu’il a nommé « le plus dangereux vice-président que nous ayons eu dans l’Histoire des Etats-Unis ».
Finalement, si Joe Biden a maîtrisé ce débat par son relevé systématique des erreurs de John McCain, et son savoir de juriste, Sarah Palin ne s’est pas laissée submerger, toujours le sourire aux lèvres, tenace sur certains points programme de McCain comme la politique de taxe favorable aux entreprises pour créer des emplois et représentant pour la majorité des américains, la maman modèle.
Yaël Hirsch