Le Mercredi 18 Juin 2008 à 02h03
Vers la fin du plus long conflit dans la presse francophone?
Face au lock-out de leur rédaction, des employés du Journal de Québec ont trouvé la parade en lançant leur propre quotidien gratuit. Après 15 mois de conflit, leur patron pourrait consentir à rouvrir les négociations.
En 2007, Le Journal de Québec a généré des revenus nets annuels d'environ 25 millions de dollars. Propriété du puissant groupe Quebecor, qui concentre une bonne partie des médias québécois, le tabloïd, tiré à plus de 100 000 exemplaires, est le titre le plus rentable de la presse canadienne, avec une distribution en hausse de près de 7% sur les cinq dernières années. Mais en avril, Pierre Karl Péladeau, le PDG du groupe veut accélérer le passage au numérique. Menacé par la concurrence du Soleil, il demande à ses employés d'alimenter le futur site Internet du journal et de passer de 32 à 37,5 heures hebdomadaires. Devant leur refus, il décrète un lock-out. Pour continuer à publier, il externalise le process rédactionnel en délocalisant sa rédaction dans les locaux du Toronto Sun, en sous-traitant sa maquette et en recrutant une quinzaine de cadres.
L'arroseur arrosé
Plutôt que d'ériger des piquets de grève, les 252 "lock-outés" décident alors de lancer MédiaMatinQuébec, le premier quotidien québécois gratuit. Imprimé à 40 000 exemplaires et distribué de main à main du lundi au vendredi, il vient directement concurrencer...Le Journal de Québec. Face à ce moyen de pression inédit, Quebecor a tenté d'empêcher la publication du gratuit, avant d'être débouté en appel par la justice canadienne. Aujourd'hui, après avoir envisagé de lancer 24 heures, un autre gratuit, Pierre Karl Péladeau a déclaré que le conflit avait « assez duré ». Selon des arbitres du travail québécois, les deux parties pourraient prochainement se rasseoir à la table des négociations.
Olivier Tesquet