Le Dimanche 02 Mars 2008 à 09h31
Visite historique de Mahmoud Amadinejad en Irak
Mahmoud Ahmadinejad s’est rendu ce dimanche sur les terres de son ennemi de presque 30 ans, l’Iran. Le président iranien tient a assoir le rôle de puissance régionale de son pays.
Visite historique du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, en Irak dimanche. Aucun dirigeant iranien n’avait foulé le sol irakien depuis la guerre qui a opposé les deux pays, de 1980 à 1989. Le régime baasiste de Saddam Hussein avait alors derrière lui les puissances occidentales et la majorité des pays Arabes, tous opposés à la République Islamique..
C’est dans un Irak affaibli par la guerre que lui font les Etats-Unis depuis 2003, au nom de la chute de leur ancien allié Saddam Hussein, où s’est rendu Mahmoud Ahmadinejad. Une visite qui se place dans la droite ligne de celles qu’il a déjà effectué, certaines tout aussi surprenantes que celle de dimanche, comme en Arabie Saoudite pour un pèlerinage à la Mecque par exemple.
Réconciliations irano-irakiennes
« Ce voyage ouvre une nouvelle page dans les relations bilatérales et un nouveau climat dans la région », a déclaré le président iranien. « Nous avons une compréhension commune des choses et les deux parties sont déterminées à renforcer leur coopération politique, économique et culturelle », a-t-il ajouté.
Aujourd’hui, Mahmoud Amadinejad bénéficie d’alliés nombreux dans la classe dirigeante irakienne, au premier rang desquels, Jalal Talabani, l’actuel président kurde qui passa plusieurs années d’exil en Iran. Les échanges religieux ont repris entre les deux pays. Les pèlerins irakiens et iraniens se rendant aisément dans les villes saintes de leurs voisins. Cette semaine les dirigeants ont signé un accord de coopération visant à développer les infrastructures et les services à Bagdad, renforçant ainsi leur coopération économique.
Imposer son leadership
Mahmoud Amadinejad souhaite aujourd’hui renforcer le rôle régional de son pays qu’il considère déjà comme « la première puissance du monde ». Ce que les américains réfutent et combattent. Ils accusent notamment l’Iran de financer certaines milices chiites irakiennes.
Mais les Américains ont perdu, en Irak, leur crédibilité, selon Karim Sadjapour, chercheur à la fondation Carnegie pour la paix internationale. « Les pays arabes réalisent qu’ils ne peuvent plus compter sur l’Amérique pour surveiller les ambitions régionales iraniennes » et doivent donc dialoguer avec Téhéran. Le chercheur égyptien Saad Eddin Ibrahim, qui dirige le centre de recherche Ibn Khaldun, au Caire estime que « Ahmadinejad vient (…) combler le vide laissé par l’absence d’un leader nationaliste arabe emblématique. Il plaît aux couches populaires parce qu’il a eu le courage de dire non à Israël et à l’Amérique ».
Malgré tout, les dirigeants sunnites se méfient des ambitions d’Ahmadinejad et d’un pays chiite qui voudrait imposer sa suprématie régionale et sur le monde musulman.
Marie Billon